17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 01:25
portrait
Jean Quentin fut un homme de génie à sa façon. L'auteur des Recherches historiques sur les perruques nous apprend que c'est de 1666 que doit dater la véritable naissance des perruques. Avant cette époque, elles étaient formées de matières diverses, préparées sans art, arrangées sans goût. Pendant que son frère François, barbier valet de chambre du Roi depuis 1670, rasait, peignait les cheveux naturels du Roi, ajustait sa perruque et causait avec lui des intérêts des princes et des bruits de la cour, Jean Quentin travaillait en secret à sa perruque d'un nouveau système. La protection de Louis XIV enflamma le génie de barbiers ; et tandis que Perrault construisait le Louvre, que Riquet creusait le canal de Languedoc, et Racine concevait Phèdre, le sieur Quentin imaginait de passer les cheveux au four, enfermés dans une pâte protectrice, de les tresser ensuite à leur extrémité, et de les coudre, ainsi préparés, sur une coiffe élastique et légère. Il se fit ainsi connaitre en 1675 par l'invention des perruques au métier que patronna le Roi en lui accordant un privilège donné par lettres patentes datées du 17 octobre 1675 en vertu desquelles le sieur Quentin a droit et privilège de faire par tout le royaume toutes sortes de perruques au mestier. Bien vues à la Cour et à la ville (Versailles, Paris et SaintGermain-en-Laye), elles offusquèrent la corporation rasante et le Parlement qui refusa d'enrgistrer le privilège, si bien que Seignelay est contraint d'en référer au lieutenant de police de Paris Gabriel Nicolas de La Reynie par une lettre du 17 février 1676 : Le roy estant informé que les barbiers et perruquiers de Paris se sont opposés à l'enregistrement du privilège que Sa Majesté a accordé au sieur Quentin pour faire et débiter luy seul les perruques de la manière portée par le dit privilège, Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'elle veut que vous fassiez les diligences nécessaire pour faire enregistrer le dit privilège, sans s'arrester à l'opposition". Un an après, l'affaire n'est pas plus avancée, car Seignelay écrit encore à de Harlay, le 19 février : "Je vous écrivis l'année dernière pour l'enregistrement d'un privilège accordé au sieur Quentin, perruquier ordinaire du roy, de faire faire et débiter seul les perruques faites au métier. Mais ledit sieur Quentin ayant fait entendre à Sa Majesté par un placet que ses lettres ne sont pas enregistrées, Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'elle souhaite que cette affaire soit promptement terminée et que vous m'informiez des raisons de ce retardement". Il ne fallut donc pas moins que l'intervention toute puissante de Louis XIV qui fit agir plusieurs fois Colbert, pour que le Parlement enregistre le privilège le 20 février 1677. Le sieur Quentin traita alors de son privilège avec sa corporation, mais vingt-quatre des deux cents barbiers-perruquiers protestèrent contre le marché et Colbert prit lui même la plume ; le 7 janvier 1681 il écrivit au procureur général que le Roi souhaitait que le contrat fut promptement enregistré, et le parlement ne résista pas plus longtemps. Ainsi finit cette affaire qui avait duré six ans de procès, deux ou trois refus d'enregistrement, et des avis du Roi qui valaient lettres de Jussion, et "occupé le Roi autant que cent monarques auraient pu faire" pour mettre M. de Villiers [Jean Quentin était alors seigneur de Villiers-sur-Orge] en paisible possession de son privilège . 

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Arrêt du Roi 
-cliquer sur l'image pour avoir le dossier complet(fichier .pdf)-


Il a bientôt une charge de porte-manteau, ayant le quartier de juillet (Etat de la France 1676). Comme les onze autres porte-manteaux, il a le titre d'écuyer et son office lui assure le droit d'entrer à cheval derrière Sa Majesté, partout où elle va , et de monter à cheval dans la cour du Louvre, ce qui n'appartient pas à tout le monde. Les porte-manteaux ont l'avantage de faire toujours leur service l'épée au côté. Ils se trouvent tous les matins au lever du Roi, et à certaines autres occasions comme au dîner, au souper et autres collations, où ils reçoivent du Roi le chapeau, les gants, la canne et même l'épée que Sa Majesté leur donne en garde. Ils se trouvent aussi à la chasse, à la promenade, à la Paume, au billard ou bien même au bal. A certaines cérémonies où le Roi a un manteau de parade, c'est le portemanteau qui lui ôte ou remet sur les épaules en l'absence du grand-maître de la garde-robe. 

Puis il obtient, le 23 mars 1676, la survivance des quatre charges de "barbier valet-de-chambre" que posséde son frère François Quentin ditLa Vienne, et il qu'il remplace à la fin de 1679, lorsque La Vienne passe premier valet de chambre [Mémoires de Saint-Simon, tome 4]. Il devient, à son tour, constamment de service auprès du Roi, ayant les quatre quartiers : lors du lever du Roi, après la première entrée, Le Roi suffisamment peigné, le sieur Quentin, qui sert toute l'année, comme ayant les quatre charges de Barbier, et qui a le soin des perruques de Sa Majesté, lui présente ma perruque de son lever, qui est plus courte que celle que Sa Majesté porte ordinairement et le reste du jour. Sa Majesté ayant mis sa perruque, les officiers de la Garderobe s'approchent pour habiller le Roi qui fait entrer en même temps sa "chambre" [Etat de la France 1708]. Un contrat passé devant notaire le 2 avril 1681, en la demeure du sieur Quentin, au dit Saint-Germain-en-Laye, le Roi y estant, qualifie notre perruquier de noble homme Jean Quentin, valet de chambre, barbier et perruquier ordinaire du Roi, de présent en cour à Saint-Germain-en Laye [Revue de l'Histoire de Versailles (1939)] . 


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François Quentin, dit "La Vienne", premier valet de chambre de Louis XIV, "tenant le carreau" 
lors de la prestation de serment du chancelier Phélypeaux, le 9 septembre 1699 (croix or). 

Déjà était titulaire d'une charge de barbier, il en acquit trois autres en 1670 afin d'être constamment auprès de Louis XIV. Lorsqu'il devint premier valet de chambre du Roi en 1679, il abandonna ses charges de barbier du Roi à son frère Jean qui a son tour put être constamment de quartier auprès du roi. Ce François Quentin de la Vienne est la souche des Quentin de Richebourg, marquis de Champcenetz, terre qu'il acquit et fit ériger en marquisat en 1686. Cette branche a notamment compté le dernier gouverneur du château des Tuileries. Barbier-perruquier et étuviste, sa maison de bains à Paris était fréquentée par le roi. Il acheta le 22 décembre 1670 la charge de barbier valet de chambre du roi puis trois autres charges similaires sur les huit existantes ; premier barbier de sa majesté, premier valet de chambre ordinaire du roi, commissaire des guerres et à la conduite des gendarmes de la reine, conseiller du roi en ses conseils.



Comme nous le voyons, Jean Quentin était entré à la maison civile du roi et ainsi devenu un de ces officiers commensaux qui feront la fortune de leur descendance. Son frère et lui firent l'acquisition de charges de premier barbier, premier valet de garde robe, premier valet de chambre, maître d'hôtel, toutes charges achetées généralement fort cher. Ayant titre de valets de chambre du roi, ils étaient comptés au nombre des officiers de la maison et avaient bouche à la cour. 

Le barbier avait pour fonction de peigner le roi tant le matin qu'à son coucher, lui faire le poil, nettoyer les dents, et l'essuyer aux bains et aux étuves, et après qu'il a joué à la Paume. L'activité du barbier était très importante car le monarque changeait de perruque plusieurs fois par jour. Il commençait par en coiffer une à son lever, il en changeait lorsqu'il allait à la messe, une nouvelle perruque l'attendait après son dîner, une autre après son retour de la chasse ou de la promenade ; il s'en couvrait d'une dernière avant d'aller souper. D'autres changements n'étaient pas exclus dans la journée. Les barbiers avaient également comme fonction de faire la barbe du roi, et ce, durant le règne de Louis XIV, un jour sur deux. En outre ils avaient en charge la toilette du roi qui, contrairement à ce qu'on dit souvent, était d'une propreté presque fanatique : il avait fait construire le superbe appartement des bains, on le frottait à l'alcool chaque matin avant la cérémonie du lever et il changeait de linge trois fois par jour. 

En 1668 François Félix, alors premier chirurgien du Roi, avait acquis aussi la charge de premier barbier, et ayant ainsi réuni en sa personne les deux offices, il obtint le 6 aôut un Arrêt du Conseil et des Lettres patentes, par lesquelles les privilèges et droits auparavant attribués à la charge de premier Barbier du Roi, furent désunis et séparés du Corps de cette Charge, et iceux unis et incorporés à celle de premier chirurgien. Il avait le titre de chef et garde des chartes, statuts et privilèges de la chirurgie et barberie du royaume. Il y avait huit barbiers valets de chambre servants par quartier (2 par quartier), ayant à eux huit la charge de premier barbier du roi que leur avait cédé par brevet de 1669 François Félix devenu chirurgien du roi, et dont ils devaient se partager les revenus. Ils avaient bouche à la Cour, à la table dite des Valets de Chambre. De plus ils avaient chacun chez le roi 700 livres de gages payées par les Trésoriers de la Maison, 150 livres de récompense au Trésor Royal et 100 francs pour fournir les peignes et les poudres de senteur, 500 livres tant de gages que de récompense au Trésor Royal et de plus 1 écu par jour pour leur dépense de bouche, à la Chambre des Deniers. Ils gagnaient en plus 250 livres supplémentaires, leur part de la charge de premier barbier du roi. Deux des barbiers furent attachés à Louis de France, le dauphin, chacun six mois. Ils avaient le droit de tenir ou faire tenir boutique en telle ville du royaume qu'ils voudront choisir leur domicile, même à Paris. Ils louaient chacun leur privilège à Paris ordinairement cent écus ; M. Quentin qui avait quatre charges, touchait donc 150 livres. Les Barbier pouvaient avoir chacun deux garçons en cette boutique, qui sachent la chirurgie. 

L'auteur de l'Etat de la France de 1708 explique : Avant que le Roi se lève, le sieur Quentin qui est le Barbier, qui a soin des perruques, se vient présenter devant Sa Majesté, tenant deux perruques ou plus, de différente longueur ; le Roi choisit celle qui lui plait, selon ce qu'il a rsolu de faire dans la journée. 

La confection de perruques et des accessoires de coiffure était chose sérieuse, et réclamait un savoir faire important. Jean Quentin, devenu à son tour principal barbier du roi, passe contrat avec un perruquier de Lille qui s'engageait à fournir et livrer audit sieur Quentin en la ville de Paris, chez Monsieur Binet, rue Coquillière, près de la rue des petits champs, toutte les quantités des meilleurs cheveux qui se pourront trouver d'une bonne longueur, et de la couleur convenable au roi, ensemble toute la quantité de bons cheveux naturellement frisée pour le front et l'ornement du visage et de la couleur de sa Majesté ["Les valets de chambre de Louis XIV" de Mathieu da Vinha pages 181-182]. 

Dans ses "Mémoires complets et authentiques" (tome II page 74), le duc de Saint-Simon raconte en 1697 comment les deux frères Quentin, nommés Lavienne et Cantin, arrivèrent au service du roi : Ce Lavienne, qui avait fait plus d'un métier, était devenu baigneur, et, si à la mode, que le roi, du temps de ses amours, s'allait baigner et parfumer chez lui ; car jamais homme n'aima tant les odeurs, et ne les craignit tant après, à force d'en avoir abusé. On prétendait que le roi , qui n'avait pas de quoi fournir tout ce qu'il désirait, avait trouvé chez Lavienne des confortatifs qui l'avaient rendu plus content de lui-même, et que cela, joint à la protection de madame de Montespan, le fit enfin premier valet de chambre . Il conserva toute sa vie la confiance du roi (.) Lavienne, qui avait passé sa vie avec les plus grands seigneurs, n'avait jamais pu apprendre le moins du monde à vivre. C'était un gros homme, noir, frais, de bonne mine, qui gardait encore sa moustache comme le vieux Villars, rustre, très-volontiers brutal, pair et compagnon avec tout le monde, et ce qui est plaisant, parce qu'il n'en savait pas d'avantage (car il n'était point glorieux, et n'avait d'impertinence que l'écorce), honnête homme, ni méchant ni malfaisant, même bon homme et serviable. Il avait poussé son frère Cantin qu'il avait fait barbier du roi, puis premier valet de garde-robe. Celui-ci était un bon homme qui se tenait obscurément dans son état, et qu'on ne voyait jamais qu'en fonction auprès du roi. 

Jean épouse le 8 avril 1676 au Pecq, église Saint-Wandrille, Marie Angélique Geneviève Poisson, 1657-1731, de vingt ans sa cadette, fille de Jean Poisson, apothicaire et valet de chambre du roi, seigneur de Souzy, dans l'Yonne et Marie Baranjon, fille de François, aussi apothicaire et valet de chambre du Roi : "Cejourd'hui huitième dudit mois et an que dessus, après les fiançailles et publication des bans entre Jean Quantin, perruquier et porte manteau du roi et Marie Angélique Magdeleine Poisson, fille de noble homme Jean Poisson, apothicaire te valet de chambre ordinaire du Roi, et de demoiselle Marie Baranjon, auxquelles publications personne ne se soit opposé comme il nous est apparu par la dispense de monseigneur l'archevêque du cinquième du présent mois, nous soussigné leur avons donné la bénédiction nuptiale en la chapelle de Madame Marie Le Gagneux, veuve de défunt François Baranjon, vivant apothiicaire et valet de chambre du Roi ; le dit marié assisté de François Quantin, écuyer, sieur de la Vienne, son frère, et de Benoit Binet, son cousin, et la dite mariée assistée du dit sieur Poisson, son frère, et de Louis et autre Louis Baranjon, ses oncles, et tous les autres parents et amis qui ont signé". Il ne faut pas confondre cette famille Poisson avec celle de la marquise de Pompadour, comme cela arrive parfois.



   

Registre de la paroisse Saint-Wandrille du Pecq 1668-1678, vues 115 et 116


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